13 février
Mon premier réveil se passe comme sur un nuage, malgré un petit raté sur le réglage du chauffage. Je saute rapidement dans mes vêtements.
Je planifie mon trajet avec un GPS qui prend en compte le gabarit du camping-car (Eurowag-Navi) et je me dirige vers Lapte, chez Martine, l’agricultrice France Passion où je vais passer la nuit.
Après quelques kilomètres, je me retrouve face à une limitation de hauteur à 2,50 m. Aslan ne passera pas. Mon GPS ne semble pas informé et je dois trouver une route de contournement. Ce n’est pas si évident et je dois rebrousser chemin sur plusieurs kilomètres.
J’arrive finalement en début d’après-midi à la ferme. Il pleut et je peine un peu à trouver des occupations. Mais je sais que de nouvelles habitudes doivent se mettre en place doucement.
Mes placards regorgent de cahiers, de stylos et de peinture, mais je décide finalement de me faire une petite manucure.
Je lâche prise sur le ménage : Bamboo rentre couvert de boue dix fois par jour. C’est peine perdue.


14 février
Ma deuxième nuit se passe très bien et je suis toujours seule sur le parking. Je rate encore le réglage du thermostat du chauffage, mais je progresse.
Je reprends la route à la recherche du soleil.
C’est finalement la neige qui vient à ma rencontre lorsque je franchis plusieurs cols.
J’en profite pour faire le tour d’un lac volcanique avec Bamboo, pas peu fier de lever la patte sur un territoire aussi vaste.
Je fais un arrêt courses — mon stock initial était un peu rudimentaire — puis je prépare un repas avec les produits de la ferme. Une balade digestive au soleil clôture la journée.
Je rejoins Les Salelles pour ma troisième nuit avec France Passion. Cette fois, je ne serai pas la seule camping-cariste. C’est la Saint-Valentin et l’agricultrice a prévu un repas festif.
Je ne le savais pas, et mon moral n’est pas encore vraiment à me mêler aux autres. Je suis encore en pleine phase d’apprentissage de cette nouvelle vie et j’apprécie ma solitude.
Mes émotions sont fluctuantes : je me sens bien, alignée, parfois hésitante. Et certaines peurs ressurgissent :
Et si ce n’était pas fait pour moi ? Et si je regrettais ?
Des sensations opposées, mais je les accueille sans jugement et je me ressource en baladant Bamboo.
Je descends vers l’Espagne, mais tout le sud de la France et l’Espagne sont sous les eaux. Tempêtes, inondations… tout cela me fait douter de mon choix de destination.
Même en passant par la montagne, les prairies sont inondées. Certains agriculteurs ont suspendu l’accueil des camping-caristes. Sur les forums, beaucoup déconseillent de rejoindre l’Espagne à cause des dégâts.
Je n’avais pas prévu de dépenser mes économies en chauffage. Alors je décide de poursuivre ma route vers l’Espagne malgré tout.




15 février
Mon troisième réveil est un peu différent. Je me sens molle, avec une étrange sensation de ne pas encore comprendre complètement ce que je fais là.
Mais la motivation est toujours là.
Mon cerveau a encore du mal avec l’organisation et la gestion de ma roadmap.
Ce matin, mes voisins de camping-car viennent discuter avec moi pendant que leur drone immortalise la beauté des lieux. C’est une bande d’amis d’une cinquantaine d’années qui voyage avec trois camping-cars. Eux aussi sont adhérents à France Passion et se régalent des étapes chez les agriculteurs.
Pour revenir à mes émotions, je fais des méditations lorsque j’ai besoin de me recentrer.
Puis je reprends la route vers le sud.

16 février
Le quatrième matin, je me réveille à Liausson, au milieu des oliviers.
Je me sens en grande forme, ravie et chanceuse. Une immense joie m’envahit.
Au cours de la journée, une multitude d’émotions me traversent. Je pleure beaucoup. Tout ce qui remonte me bouleverse profondément.
L’amour que je ressens pour mes amies me rend particulièrement émotive et je suis remplie de gratitude de vivre cette aventure.
Ce début de road trip solo est un best feeling ever.
Je me donne de l’amour et je chéris chaque jour ce que je suis et ce que je veux pour ma vie. Je me sens complète, dans une gratitude infinie.



17 février
Le cinquième matin, la nuit a été hachée et le réveil est difficile.
C’est la deuxième fois depuis mon départ que je me sens à côté de mes pompes après une journée où je me sentais incroyablement bien.
Cette fois, j’ai l’impression de ne pas être complètement dans mon corps. J’ai des vertiges et des chutes de tension.
Je prends la route, mais je ne suis pas totalement à ma conduite. Je décide de ne rien forcer. Je vais marcher au bord de la mer et je m’autorise à accueillir ce qui se passe sans résister.



18 février
J’arrive en Espagne.
Pour mon sixième réveil, après une longue nuit, mes émotions sont partagées entre une sensation de devoir avancer et un certain bien-être.
Mais ça va.
Et je continue ma route.



Plusieurs jours passent sans que j’écrive dans mon journal de bord. La pleine lune, le voyage et l’intensité des émotions m’ont laissée épuisée.
Fatigue intense, envie de sucre… Je m’abandonne devant une série car mon cerveau ne veut plus répondre de rien.
Et je ne culpabilise pas.
Je continue simplement de balader mon Papy Loup, Bamboo, tous les jours.
J’ai encore cette sensation de devoir avancer, comme si quelque chose me pressait.
Je m’installe finalement à Águilas. L’endroit est merveilleux. Je décide d’y rester quelques jours pour me ressourcer et réparer ce trou qui s’est creusé en moi pendant cette pleine lune.
Je ralentis.
Et je m’autorise à vivre pleinement cette pause.
Je prends aussi conscience que lorsque je suis fatiguée, je me raccroche facilement aux générateurs de dopamine rapide : les écrans, le sucre…
Et cela vide encore plus vite mon énergie.
Ce qui me fatigue le plus, finalement, c’est d’avoir l’impression de devoir être forte tout le temps.
Je me rends compte que je suis plus vulnérable dans le calme et l’inaction.
Petit à petit, je comprends qu’un nouveau rythme doit s’installer dans ma vie, un rythme qui laisse plus de place à mon énergie féminine.
Être plus présente.
Plus ancrée.
Plus douce.
Et davantage dans l’instant présent, plutôt que constamment en alerte ou dans le contrôle.
Et dans cet état d’esprit d’accueil, de bienveillance et d’ouverture, je rencontre mon premier tonton de voyage David…
Si tu te limites à ce qui est possible et raisonnable, tu te détaches de ce que tu veux vraiment et ta vie n’est plus alors qu’une longue suite de compromis.










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